Latent Space Cadet, origins.

Il y a ce lieu à Orléans, le 108, qui accueille la Labomédia, hackerspace dont la vocation est d’encourager et de favoriser les projets artistiques et numériques. Situé dans une ancienne chocolaterie, en arrivant dans l’atelier de la Labomédia on passe devant un portrait d’Ada Lovelace subtilement marouflé sur le mur, et en arrière-plan une splendide cheminée d’usine. J’avais fait un Instagram de cette vue et, quelques semaines plus tard, en tombant sur un tutoriel de MidJourney qui montrait les allers-retours possibles entre image, texte et image, une idée m’est venue.

Pourquoi ne pas reproduire cette vue de la cheminée du 108, en utilisant le système de « téléphone arabe » de MidJourney ?

  • MidJourney, décris-moi cette photo sous la forme d’un texte !
  • MidJourney, imagine une photo qui corresponde au texte que tu viens de produire !

Naïvement, on pourrait croire qu’une telle manipulation produirait une image finale en tout point identique à celle de départ… Mais les remous de l’espace latent en ont décidé autrement, et c’est ainsi que j’ai commencé à y naviguer.

Ma première image clonée à travers l’espace latent fut donc cette vue de la cour du 108. Je l’ai envoyée à l’un des responsables de la Labomédia, par ailleurs camarade de mes années aux Beaux-Arts d’Orléans, et j’ai rapidement reçu cette réponse enthousiaste :

Hello,
Ton image me plaît vraiment.
J’aimerais bien l’exposer au cabinet de curiosité qu’on montre au 108 du 19 au 30 juin.
Serais-tu ok ?
Si oui, quel serait le nom de ton œuvre (chef-d’œuvre) ?
Sous quel nom la présenterais-tu ?
Te sentirais-tu l’âme d’écrivain pour présenter cette pièce avec une mise en perspective sur ces histoires d’intelligence artificielle pour la création et le métavers ?
As-tu un fichier de bonne qualité, voire de qualité extra, pour qu’on l’imprime ?

Désolé pour cette avalanche de questions, mais ton image trouble vraiment tous les gens à qui je l’ai montrée.
Elle serait super dans le cadre du cabinet de curiosité.

Bravo et à bientôt
P

Suite à ce mail, il s’est passé trois choses. J’ai d’abord réalisé que ce passage d’une image dans l’espace latent pouvait provoquer des émotions, liées au sujet d’origine. Ensuite, qu’il allait falloir que je trouve un moyen de dépasser la limite de résolution de MidJourney. Et finalement, qu’il se trouvait des gens dans mon entourage qui semblaient vouloir me considérer comme un artiste.

Pour ce dernier point, je n’ai pas encore bien assimilé la nature de ce statut, mais j’y travaille.
La limite de résolution s’est résolue à l’aide d’un autre logiciel, basé également sur le deep learning, qui peut agrandir les images au-delà du raisonnable en faisant apparaître des hallucinations.
Quant au premier point, ça a été le départ de l’expérimentation Latent Space Cadet.
La méthode étant rodée, j’ai simplement attendu les vacances suivantes pour qu’un séjour en Belgique flamande me donne l’occasion de faire passer mes photos banales dans la tuyauterie de l’intelligence artificielle.

Cette expérience a duré un an. Mes activités de bidouilleur-artiste-numérique m’ont amené à en tirer un (long) article au sein duquel je détaille et explore les moyens et potentialités de cette démarche. Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Il semblerait que oui…

La suite est ici, publiée au sein de la revue franco-québécoise Sens Public.

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